Photographie en trek et éthique

Photographier les gens que vous rencontrez lors d'un trek est toujours délicat. Vous ne faites que passer et, à moins que vous soyez dans une région où les gens demandent à être photographiés (cela existe, spécialement quand la fréquentation touristique est faible), vous n'avez pas le temps de gagner leur confiance, ce qui est généralement la condition sine qua non pour un consentement de leur part qui ne soit pas obtenu à l'arraché.

Faute de cela vous allez, le plus souvent, soit vous heurter à un refus, soit obtenir un accord en échange (c'est plus ou moins explicite suivant les cas) d'un tirage que vous leur enverrez. S'ils sont dans un endroit trop reculé pour être touché par la poste, pensez à demander l'adresse de votre guide. Il pourra apporter les tirages lors d'un trek suivant. Les personnes photographiées seront très heureuses d'avoir un tirage et votre guide, ayant joué les intermédiaires, renforcera d'autant son prestige auprès des gens du coin. Bref, tout le monde est gagnant !

En cas de refus ou, plus subtilement, d'absence d'accord manifeste, un cruel dilemme se présente à vous. D'un coté, vous avez tellement envie d'avoir une photo de ce personnage au faciès si typique dans son (plus ou moins) beau costume traditionnel pour pouvoir montrer à votre famille et à vos amis «comment ils sont là bas». D'un autre coté, que la personne vous signifie clairement son désaccord ou pas, vous comprenez bien que vous vous apprêtez à faire preuve d'un total manque de savoir vivre pour satisfaire un désir purement égoïste. Vous n'avez qu'à vous imaginer des touristes venant vous photographier dans votre ville pendant une de vos activités quotidiennes (faire les courses par exemple) parce qu'ils vous trouvent typiques. Comment réagiriez-vous ? Qu'en penseriez-vous ? Ne riez pas, c'est arrivé, et quand cela arrive à un trekkeur, il perd curieusement l'envie de photographier le premier autochtone qui passe !

La honteA titre d'illustration, regardez la photo ci-contre prise au Zanskar. Le sujet qui fait l'objet de tant d'attentions est une vieille Zanskarie qui récure ses casseroles dans le ruisseau devant chez elle. Un vrai groupe de japonais devant la tour Eiffel, non ? Les quatre photographes, dont l'anonymat est miséricordieusement préservé, n'avaient pas conscience de ce qu'ils faisaient et furent morts de honte en voyant cette photo.

La palme revient certainement à ceux qui monnaient les séances de pose des gamins «si mignons» avec des bonbons ou des stylos. Outre le fait que, si les bonbons leur donnent des caries ils ne sont pas près de trouver un dentiste là où ils sont, le fait de leur donner ces objets inscrira au fer rouge dans leur esprit : «touriste = bonbons + stylos». A partir de là, il ne faut plus s'étonner aujourd'hui d'être harcelé en arrivant dans les villages les plus reculés par une horde de gamins qui crient «hello», «pen», «bonbon». Cela peut finir par énerver, mais vous savez au moins à qui vous devez cela. Alors, par pitié pour vos camarades trekkeurs, si vous voulez absolument caser votre paquet de stylos bic, donnez-les à l'instituteur du village et mangez vos bonbons vous-même !

Dernière mise à jour le jeudi 1er Juin 2017. Copyleft Franck Zecchin 2017.